Abattage rituel : Fillon provoque un tollé

A moins de 50 jours de la présidentielle, la polémique sur la viande halal et plus généralement sur l'abattage rituel n'en finit pas. Après la candidate FN Marine Le Pen, puis le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, le Premier ministre François Fillon a provoqué la colère des institutions juives de France et du Conseil français du culte musulman (CFCM).
«Les religions devraient réfléchir au maintien de traditions qui n’ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé», a déclaré lundi sur Europe 1 le chef de gouvernement. Il était interrogé sur le tollé suscité par Guéant qui a associé la question du droit de vote des étrangers à la viande halal dans les cantines scolaires.
Le Crif choqué
«J'ai été choqué de l'entendre s'exprimer ainsi», a déclaré à l'AFP Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). «La déclaration de François Fillon est stupéfiante», alors que «nous insistons suffisamment sur la loi de 1905 pour dire qu'un Premier ministre, quand il s'exprime publiquement, même à titre personnel, n'a pas à s'immiscer dans des traditions religieuses», insiste le patron du Crif. Le responsable associatif, qui souligne que le Crif n'est pas religieux, réagit également à la proposition samedi du chef de l'Etat d'étiqueter la viande «en fonction de la méthode d'abattage» : «Il semble que le candidat Sarkozy n'ait pas tout à fait les mêmes positions que le président Sarkozy. Je le constate.» Interrogé sur la campagne, le président du Crif a répondu : «Je n'en pense pas du bien. Cette campagne devrait discuter de la façon de sortir la France de l'ornière économique dans laquelle elle est.»
Le grand rabbin de France embarrassé
Gilles Bernheim, le grand rabbin de France, se dit pour sa part «gêné». «Je ne me permettrai pas de dire qu'il s'agit d'un dérapage de campagne dans la bouche du Premier ministre», indique-t-il dans une interview à la Chaîne Parlementaire qui sera diffusée dimanche. «Peut-être y a-t-il une atteinte à la religion et une atteinte aux principes de la laïcité ?» s'interroge le religieux, selon qui un rendez-vous a été fixé mercredi avec le Premier ministre.
La colère du CFCM
Le ton monte, en revanche, du côté du Conseil français du culte musulman (CFCM). «Le CFCM n'a pas souhaité servir de caisse de résonance pour les déclarations des uns ou pour les polémiques des autres. En même temps, le CFCM ne comprend pas et n'accepte pas que l'islam et les musulmans servent de boucs émissaires dans cette campagne électorale», réagit Mohammed Moussaoui, son président, interrogé par l'AFP. «Sur le fond, il est évident que dans un état laïc, ni l'Etat ni la science profane ne définit les pratiques religieuses d'un culte. La seule limite qui peut être portée doit être proportionnée aux impératifs de l'ordre public.»
Moussaoui exprime également des réserves sur la proposition de Nicolas Sarkozy de mettre en place un étiquetage sur la méthode d'abattage des viandes. «Certaines associations souhaitent instrumentaliser cet étiquetage pour stigmatiser les musulmans et les juifs de France. Nous craignons qu'un étiquetage mal conçu stigmatise un mode d'abattage.»
Villepin : «Fillon aurait mieux fait de se taire»
Ce mardi matin, Dominique de Villepin, candidat de République solidaire, a taclé sur Europe 1: «Il aurait mieux fait de se taire.» Au sein de l'UMP, la secrétaire nationale Salima Saa se dit «attristée de voir s'étaler des jugements négatifs et dévalorisants sur les musulmans de France». «Au nom de quoi parle-t-on de pratiques ancestrales ? Où est le respect de la foi, des pratiques et des individus ? (...) De tels propos n'ont pas de place dans le débat», écrit la députée UMP dans un communiqué, ajoutant : «Je souhaite que la campagne présidentielle se recentre sur les sujets qui importent aux Français : le logement, l'éducation, l'emploi.»
Guaino : «Le contenu des religions n’a rien à faire dans le débat public»
Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a pris ses distances, tout en assurant que Fillon ne s'était pas exprimé en tant que Premier ministre. Sur France Inter, confronté à Daniel Cohn-Bendit, il affirme : «Le contenu des religions, le contenu de la foi n’a rien à faire dans le débat public.» «Alors pourquoi (François Fillon) a dit ça ?» l'interroge le député écologiste européen. «Ça, vous lui poserez la question.» Le conseiller de Nicolas Sarkozy concède au micro de Patrick Cohen qu'il n'aurait pas repris à son comptes les déclarations du Premier ministre sur l'abattage rituel.
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