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Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) publie ce mardi 4 juin son «Atlas de la démographie médicale en France».

Le nombre de médecins en activité totale est en très légère baisse, tandis que le nombre de jeunes retraités qui continuent d’exercer augmente fortement, tout comme le nombre de médecins étrangers.

Plus de retraités actifs et d’étrangers pour compenser la baisse du nombre de médecins. C’est en substance la tendance observée par le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) qui publie mardi 4 juin son septième rapport sur la démographie médicale. Ces chiffres sont scrutés par les politiques et les professionnels qui s’inquiètent de l’extension des déserts médicaux.

 «Certes la France n’a jamais dénombré autant de médecins (271 970 au 1er janvier) mais ce sont les retraités et les diplômés étrangers qui gonflent ‘‘artificiellement’’ les effectifs», explique le docteur Michel Legmann, président du Cnom.

Densité médecins 2007 à 2018

Depuis l’année dernière, le nombre de médecins inscrits en activité totale a stagné (-0,12 %) tandis que le nombre de retraités a, lui, augmenté de 8 %. Près d’un de ces retraités sur cinq a fait le choix de continuer d’exercer la médecine. Cette proportion devrait passer à 40 % en 2018 et permettre de freiner la désertification médicale.

Retraités actifs

Depuis la loi Fillon de 2003, les médecins peuvent en effet cumuler une activité libérale avec une pension de retraite. Le mécanisme vise à inciter les jeunes retraités à continuer d’exercer pour maintenir une activité médicale dans les zones délaissées. 

Très favorable au dispositif, l’Ordre espère qu’il sera maintenu lors de la réforme des retraites qui se prépare et que le gouvernement ira même plus loin en supprimant l’obligation de cotiser sans pouvoir générer des points supplémentaires.

Médecins roumains et belges

Autre tendance qui se confirme, l’arrivée de diplômés étrangers, principalement depuis la Roumanie, la Belgique et le Maghreb. Ils représentent près d’un quart des nouveaux médecins inscrits et viennent pallier le manque de bras. Mais ces médecins étrangers se tournent rarement vers l’exercice libéral et préfèrent le travail salarié dans des établissements médicaux qui facilitent leur intégration.

Le docteur Michel Legmann souligne toutefois qu’un certain nombre d’étrangers sont embauchés sauvagement dans des établissements en manque de personnel sans que leurs diplômes puissent être contrôlés.

Disparités régionales

L’Ordre s’appuie également sur des projections à 2018. Les régions où la densité médicale est et restera la plus faible sont la Picardie, le Centre et la Haute-Normandie. Ce que montre la carte des densités régionales (activité régulière) en 2018, selon les projections du Cnom, en nombre de médecins pour 100 000 habitants.

Ces chiffres ne reflètent pas l’attractivité des régions. En bas de classement, l’Île-de-France (-4,8 % de médecins en moins depuis 2007) qui présente pourtant encore la plus forte densité de médecins par habitant, la Champagne-Ardenne (– 3,4 %) et le Centre (-2,9 %). À l’inverse les Pays-de-la-Loire ont attiré 5,2 % de médecins en plus, suivis par l’Alsace (+ 4,5 %) et le Rhône-Alpes (+ 4,2 %).

Inciter ou contraindre

En décembre 2012, Marisol Touraine avait proposé un ensemble de mesures incitatives pour tenter d’enrayer la désertification médicale, en précisant que la «coercition» était «injuste» et «inefficace».

Quelques mois plus tard, en février 2013, un cinglant rapport du Sénat avait, lui, préconisé des mesures de contrainte. Les sénateurs allant jusqu’à proposer d’exclure de la Sécurité sociale les médecins qui choisissent de s’installer dans des villes où le tissu médical est déjà très resserré.

Pour le docteur Michel Legmann, il n’est pas question d’obliger les médecins à quoi que ce soit : «Il faut clairement comprendre qu’il n’y aura plus un médecin dans chaque village, dans des zones où le minimum – école, train, poste – n’est plus assuré. Cette période est révolue, il faut que les gens le réalisent et arrêtent de vociférer, notamment les maires de petits villages».

REMI NOYON